
Fil d'Ariane
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- Introduction au lexique des matériaux
Dans ce contexte de révolution écologique qu'il nous faut continuer d'inventer et de mettre en œuvre, nos pratiques et nos habitudes sont en train de changer, tant au niveau de la conception de nos projets que de la manière de les décrire et d'en parler. Face à ce changement, il nous faut nous comprendre, entre architectes mais aussi et surtout avec les entrepreneurs du bâtiment, les maîtres d'ouvrage et les décideurs. Des appels d'offre de maîtrise d'œuvre aux CCTP, en passant par nos Dossiers de Consultation des Entreprises (DCE) ou même notre communication publique des projets, ou encore nos échanges de chantier et nos comptes-rendus...
L'usage des matériaux devient donc, en particulier en construction neuve avec la nouvelle RE2020, un enjeu majeur. La connaissance des enjeux environnementaux, écologiques et sanitaires, principalement liés à la provenance des matières premières et aux processus de fabrication des matériaux et équipements de construction, qui est complexe, doit faire l’objet d’une classification objective pour que nous puissions progresser et nous comprendre.
Le secteur du bâtiment en France est responsable chaque année de près de 45% de la consommation énergétique[1] et émet près d’un tiers des émissions nationales, dont la majorité en phase construction (60%), étape dans laquelle les matériaux pèsent pour 40%[2]. Ces derniers jouent en outre un rôle prépondérant dans la production des déchets (plus de 40 millions de tonnes de déchets de matériaux générés en France) et l’épuisement des ressources naturelles et minières (90% des minéraux extraits sont des graviers et sables pour la construction en France)[3]. Pour autant, une mobilisation accrue et équilibrée de matériaux de construction alternatifs à l’empreinte écologique moindre, via le développement simultané des filières de valorisation de la biomasse et des déchets, permet de construire des bâtiments moins énergivores donc plus respectueux de l’environnement.
Face à ces constats, il apparaît urgent d’adopter une réflexion intégrée sur le choix des matériaux de manière à prendre en compte l’ensemble des caractéristiques qu’ils détiennent et à différencier les produits globalement de meilleure qualité.
Il s’agit tout d’abord de choisir le matériau adéquat en fonction de chaque usage qu’il occupe dans le bâtiment, sur le long terme. Outre cette exigence de base indispensable, le choix judicieux de matériaux doit être fonction notamment des caractéristiques environnementales, depuis l’extraction de matière à l’élimination ou le recyclage du produit, et sanitaires, afin de limiter l’impact sur l’environnement, d’économiser des énergies et ressources et d’offrir aux habitants et usagers un environnement sain et confortable.
Alors que les évolutions de la réglementation du secteur du bâtiment et des attentes de la société encouragent l’utilisation de matériaux biosourcés, et géosourcés, il n’existe pas encore d’outil pour distinguer simplement les matériaux d’un point de vue écologique et fédérer la plupart des professionnels pour les désigner. Il nous faut donc faire connaître les mots existants et proposer à l’usage quelques adjectifs permettant d’échanger de manière simple sur ces sujets.
Si aujourd’hui les matériaux biosourcés sont considérés comme forcément bénéfiques, il est important de dépasser les généralités et préjugés, positifs comme négatifs, pour les évaluer uniquement sur la base d’arguments concrets et objectifs. Néanmoins nous avons pu constater que certains vendeurs de matériaux profitent d’un flou actuel sur la dénomination des familles de matériaux (ou d’un manque de connaissance commune des définitions existantes) pour qualifier dans leurs démarches commerciales, des produits peu vertueux des mêmes adjectifs que ceux qui le sont.
Les architectes qui ne sont pas tous experts en ce domaine, ont besoin, pour appliquer la révolution écologique dans leur travail quotidien, dans leurs CCTP et autres documents de travail, dans leurs échanges, d’adjectifs qualifiant les familles de matériaux en fonction de leurs origines et procédés de fabrication et d’élimination, plus ou moins compatibles avec les objectifs de développement durable.
Pour préciser exactement ce qu’on entend par « biosourcé » et orienter réellement le marché en ce sens, il semble nécessaire de disposer d’un outil permettant d’aller vers une prise en compte plus objective des impacts des matériaux de construction : les caractéristiques environnementales, écologiques et sanitaires de tous les matériaux doivent pouvoir être évaluées de manière objective et identifiées sans ambiguïté, de manière claire et immédiate, et ce avant l’exécution de tout contrat.
En l’absence d’un cadre de référence « officiel », le Conseil national a souhaité mettre à disposition cet outil de classification des matériaux. Pensé sous la forme d’un lexique, il a pour objectif de permettre, via une classification par grandes familles de matériaux selon leur provenance et procédés de fabrication, d’orienter le choix d’une solution constructive face à une autre en connaissance de cause. S’il convient de noter que la lecture de ce lexique doit être circonstanciée, cela ne remet pas en cause pour autant la pertinence des éléments présentés.
Ce lexique présente, au travers de définitions simples, les analogies et les principales différences entre les matériaux d’un point de vue écologique. Il a pour but de favoriser le transfert de connaissances entre les professionnels du bâtiment mais aussi de sensibiliser l’ensemble des acteurs concernés – acteurs publics, maîtres d’ouvrages, usagers – sur les enjeux liés aux choix des matériaux et procédés constructifs associés. Au-delà des performances techniques, différencier les matériaux selon leurs performances environnementales et sanitaires permet des décisions et comportements favorables à une architecture soutenable, reposant sur une approche de qualité de service rendu aux habitants et usagers des bâtiments et d’empreinte écologique la plus faible possible.
Ce lexique a été créé dans l’optique d’une large diffusion auprès des architectes et étudiants en architecture, urbanistes, bureaux d’études, entreprises du BTP, fournisseurs, collectivités, donneurs d’ordre. Des mots simples et des arguments concrets pour avoir à l’esprit le bâtiment à moindre impact environnemental, intégrer des pratiques vertueuses dans les choix de conception et techniques constructives associées, et instaurer un climat de confiance entre les prestataires et professionnels du bâtiment. Autrement dit, il s’agit de comprendre pourquoi, parmi les innombrables choix de matériaux, il faut privilégier des types de matériaux biosourcés, géosourcés ou écosourcés à leurs homologues « pétrosourcés ». Et surtout, de savoir comment prioriser la lutte contre les dérèglements climatiques et accélérer la transition.
Matière issue de la biomasse végétale ou animale, n’incluant pas les matières de formation géologique ou fossile. (définition basée sur l’arrêté du 19 décembre 2012, JORF du 23 décembre 2012)
Donc, un matériau biosourcé vient directement des végétaux ou des animaux.
Exemples : bois, chanvre, laine de mouton…
Avantages :
Inconvénients :
Les matériaux biosourcés incluent les matériaux d’origine végétale et animale.
Matière issue du monde végétal, ayant stocké du carbone au cours de sa croissance via la photosynthèse.
Donc, un matériau provenant des arbres et plantes.
Exemples : bois, paille, chanvre…
Avantages :
Inconvénients :
Les matériaux d’origine végétale sont des matériaux biosourcés.
Matière issue de l’industrie animale, via la valorisation des déchets liés à l’élevage.
Donc, un matériau provenant d’un animal, soit de son épiderme (poils et plumages) soit de ses sécrétions (soie).
Exemple : laine de mouton, plumes de canard, cuir de vache…
Avantages :
Inconvénients :
Les matériaux d’origine animale sont des matériaux biosourcés.
Matière issue des formations géologiques de surface, sans changement d’état physique.
Donc, un matériau géosourcé se ramasse au sol.
Exemples : terre, gravier, sable, chaux, pierre…
Contre-exemple : laines minérales dont les matières géosourcées ont subit une fusion, changement d’état physique.
Avantages :
Inconvénients :
Matière issue de l’économie circulaire, notamment du réemploi et du recyclage de déchets.
Donc, un matériau écosourcé se fabrique avec un déchet, qui n’en est plus lorsqu’il devient une matière première.
Exemples : certains isolants sont fabriqués avec les bouteilles d’eau usagées, en plastique transparent non-coloré, d’autres avec d’anciens pantalons « jean’s » en coton, sans oublier la ouate de cellulose insufflée, fabriquée avec du papier recyclé (isolant le moins cher du marché à coef. R constant, avec un déphasage correct) …
Avantages :
Inconvénients :
Matière issue d’une réaction endothermique, nécessitant une forte quantité de chaleur pour sa fabrication. Dans la majorité des cas, les matériaux thermo-industriels sont produits par fusion de matière dans des fours à haute température ou par polymérisation, alimentés par différents combustibles, produisant de grandes quantités de CO₂ et souvent une pollution de l’air.
Donc, un matériau thermo-industriel a besoin de chaleur et participe au dérèglement climatique lors de sa fabrication.
Exemples : les laines minérales créées par fusion du verre ou du basalte, l’acier, le ciment…
Avantage :
Inconvénients :
Les matériaux thermo-industriels incluent les matériaux pétrochimiques.
Matière issue de l’industrie pétrochimique, utilisant le pétrole ou le gaz, extraits de gisements terrestres anciens et profonds, pour fabriquer des composés chimiques synthétiques.
Donc, un matériau pétrochimique est produit avec des ressources non-renouvelables, en supplément d’avoir besoin de chaleur et de contribuer au dérèglement climatique par sa fabrication.
Exemples : polystyrène, polyuréthane…
Avantage :
Inconvénients :
Les matériaux pétrochimiques sont des matériaux thermo-industriels.
Face à l’urgence climatique et dans un souci d’amélioration continue de la qualité de vie (santé, confort, bien-être), les matériaux biosourcés présentent des atouts sérieux à faire valoir face à leurs homologues issus de la pétrochimie.
Outre des qualités techniques indéniables (qualité architecturale, durabilité, résistance au feu, régulation hygrothermique, etc.), les matériaux biosourcés ont de faibles répercussions environnementales et un bon bilan carbone en raison de taux d’émissions de gaz à effet de serre fortement réduits, en particulier les matériaux issus de la biomasse végétale (transport, exploitation, recyclage optimisés). En outre, leur impact sur la performance énergétique et le bilan carbone des bâtiments est effectif dès la construction, même sur le chantier.
Pour diminuer l’impact environnemental de nos projets tout en assurant de hautes performances techniques pour les bâtiments d’aujourd’hui et de demain, il est temps d’y incorporer massivement des matériaux biosourcés, ressources et savoir-faire français à notre disposition, qui apportent des solutions indiscutables et indispensables à la transition environnementale…
Julien VINCENT
Conseiller national de l’Ordre des architectes
Julie LAMOUREUX
Chargée de mission logement et transition écologique au Conseil national
[1] Source : Chiffres-clés du bâtiment 2017, ADEME
[2] Source : Association Bâtiment Bas Carbone (BBCA), batimentbascarbone.org
[3] Source : Données issues du site du Ministère de la Transition écologique et solidaire, mis à jour en 2019.
[4] Etude « The future of petrochemicals » publiée par l’Agence internationale de l’énergie (AIE), Octobre 2018.
ARCHITECTE ou société d’architecture
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